Le passage de Twitter à X n’a pas effacé toutes les traces de l’ancien réseau social. Trois ans après le changement de nom, une partie de l’identité historique de la plateforme se retrouve au cœur d’une bataille judiciaire aux États-Unis. Une décision rendue le 4 septembre 2026 par un tribunal fédéral du Delaware vient de fragiliser la position de X sur deux symboles emblématiques de Twitter : le terme « tweet » et le célèbre oiseau bleu.
L’affaire oppose X Corp à Operation Bluebird, une jeune société américaine dirigée par Stephen Coates, ancien avocat spécialisé dans les marques de Twitter. Son objectif : récupérer certains droits liés à l'ancienne identité de la plateforme en s’appuyant notamment sur l’abandon apparent de plusieurs éléments de la marque.
Le changement de nom n’a pas complètement effacé Twitter
Lorsque Twitter est devenu X en 2023, le groupe d’Elon Musk a entrepris une transformation radicale de l’identité du réseau social. Logo, nom, terminologie et adresse web ont progressivement changé.
Mais le droit des marques impose une réalité moins visible : abandonner un signe commercial ne suffit pas nécessairement à en conserver les droits. La question centrale devient celle de son utilisation effective.
C’est précisément sur ce terrain que la bataille s’est déplacée. Operation Bluebird a engagé une procédure fin 2025 afin de contester plusieurs marques associées à l’ancienne identité de Twitter. X Corp a répondu par une action en contrefaçon.
Huit marques restent protégées par X
Dans sa décision du 4 septembre, le juge fédéral Colm F. Connolly a donné raison à X Corp sur huit marques héritées de Twitter.
Un élément présent dans la fiche de l’application sur l’App Store a notamment joué un rôle déterminant. La mention « anciennement Twitter » continuait d’y apparaître, démontrant que l’ancien nom conservait une fonction commerciale.
La reconnaissance par le directeur juridique de X, Naser Baseer, de l’utilité de cette mention pour capter les recherches effectuées par les internautes a également renforcé cet argument.
Les redirections de l’ancien domaine Twitter vers x.com ont constitué un autre indice permettant d’établir que certains éléments de l’ancienne identité n’avaient pas totalement disparu de l’activité commerciale du groupe.
« Tweet » et l’oiseau bleu échappent en revanche à X
Le raisonnement du tribunal diffère concernant deux symboles particulièrement associés à Twitter : le mot « tweet » et le logo représentant l’oiseau bleu.
Cette fois, les éléments avancés par X n’ont pas suffi à démontrer un usage commercial continu. Les comptes et pages encore visibles mais inactifs ont notamment été considérés comme des traces résiduelles plutôt que comme la preuve d’une exploitation actuelle de ces marques.
Un autre élément a surtout retenu l’attention : les propres déclarations d’Elon Musk.
En 2023, au moment du changement d’identité de Twitter, le milliardaire avait publiquement annoncé la disparition de l’oiseau associé à la plateforme. Les actions menées à l’époque autour des anciens logos, notamment sur les bâtiments de l’entreprise, ont également contribué à établir l’intention de rompre avec cette identité.
Une situation particulièrement ironique pour X : les déclarations destinées à symboliser la disparition de Twitter contribuent aujourd’hui à affaiblir sa capacité à revendiquer certains droits sur son ancien univers de marque.
Operation Bluebird veut déjà capitaliser sur le verdict
La société à l’origine de la contestation n’a pas attendu pour exploiter cette nouvelle situation. Elle a rapidement adopté le nom Tweet.app, affichant ainsi son intention de construire un nouveau service autour de l’appellation que X ne peut plus revendiquer de la même manière.
Selon les informations fournies dans le cadre de l’affaire, plus de 172 000 personnes auraient déjà réservé un pseudonyme sur la plateforme, pour un montant de 20 dollars.
Cette bataille ne constitue toutefois qu’une étape. La décision rendue au Delaware règle certains aspects liés aux marques, mais le contentieux doit encore se poursuivre sur le fond.
Le prix juridique d’un rebranding radical
Au-delà du conflit entre deux entreprises, l’affaire illustre une difficulté souvent sous-estimée des changements d’identité numérique. Lorsqu’une marque abandonne un nom, un logo ou un vocabulaire utilisé pendant des années, elle doit aussi démontrer juridiquement ce qu’elle continue d’exploiter et ce qu’elle a véritablement délaissé.
Pour X, la décision présente donc un paradoxe : le tribunal reconnaît que certains éléments de Twitter continuent d’être exploités commercialement, tout en considérant que d’autres ont été suffisamment abandonnés pour ne plus bénéficier de la même protection.
Le rebranding de Twitter n’aura donc pas seulement changé le visage du réseau social. Il pourrait aussi avoir redistribué une partie de son patrimoine de marque à ceux qui se positionnent désormais sur les ruines de son ancienne identité.