Par Dr Karim Maghraoui, expert en entrepreneuriat inclusif et développement des PME
Une bonne idée n’est que le point de départ de l’innovation. Sa véritable valeur apparaît lorsqu’elle répond à un besoin, résout un problème ou crée quelque chose qui a du sens. Pour les jeunes, franchir cette étape exige davantage qu’un apprentissage en salle de classe. Ils ont besoin d’occasions de mettre leurs idées à l’épreuve, de travailler avec des professionnels et de comprendre comment transformer un concept en résultat concret.
Ce besoin devient d’autant plus pressant que le monde du travail évolue. Le Forum économique mondial, dans son rapport « Future of Jobs Report 2025 », identifie la pensée analytique, la résilience, l’adaptabilité, le leadership et la créativité parmi les compétences les plus recherchées par les employeurs. Il souligne également la demande croissante de compétences technologiques et présente les lacunes en matière de compétences comme un obstacle majeur à la transformation des entreprises.
Les universités jouent un rôle central dans la préparation des jeunes à cet environnement. Toutefois, les connaissances académiques prennent une autre dimension lorsque les étudiants peuvent les appliquer à des défis réels. Une collaboration plus étroite entre l’enseignement supérieur et le monde de l’entreprise leur offre cette possibilité.
Rapprocher l’apprentissage de la pratique
Les universités apportent la recherche, des connaissances spécialisées et un espace propice à l’exploration des idées. Les entreprises contribuent par leur connaissance du marché, leur expertise technique et leur compréhension des contraintes concrètes. Ensemble, elles peuvent aider les étudiants à comprendre comment une idée est évaluée, améliorée, puis mise en œuvre.
Les travaux de l’OCDE sur la collaboration entre universités et entreprises soulignent l’importance du partage des connaissances, de la recherche collaborative et de l’entrepreneuriat pour soutenir l’innovation. Pour les étudiants, cela peut prendre la forme d’un brief concret : comprendre un public, identifier un problème, justifier des choix de conception et tenir compte des retours de professionnels.Les travaux de l’OCDE sur la collaboration entre universités et entreprises
Ces expériences renforcent l’apprentissage académique en rendant son utilité plus tangible, tout en permettant aux entreprises d’accéder à de nouveaux talents et à des perspectives inédites.
D’un brief créatif à une véritable opportunité
Le Bernhard H. Mayer® Open Innovation Challenge illustre la manière dont cette relation peut fonctionner. Lancé par Bernhard H. Mayer®, la marque suisse de luxe de QN MAROC spécialisée dans la joaillerie fine et l’horlogerie, dans le cadre de son initiative Pink October, ce concours a invité de jeunes designers du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord à imaginer des concepts de montres exprimant l’espoir, la force et la compassion envers les femmes touchées par le cancer du sein.
En collaboration avec des établissements d’art et de design, le concours a invité les étudiants à associer créativité et savoir-faire artisanal à une véritable vocation sociale. Ils devaient aller au-delà de l’apparence et réfléchir au message porté par leurs créations, aux personnes qu’elles pourraient toucher et à la manière dont elles pourraient devenir des produits réels.
Le concept gagnant, VELORA, a été imaginé par Fatema Tarek El Sayed, étudiante en stylisme à l’October University for Modern Sciences and Arts (MSA University), en Égypte. Inspiré d’un papillon de nuit émergeant de son cocon, il symbolise la vulnérabilité, la résilience, la transformation et l’espoir.
VELORA devrait être développé pour devenir une montre Bernhard H. Mayer®, dont le lancement est prévu pour Pink October 2027. Fatema devrait également se rendre à Bienne, en Suisse, pour découvrir l’horlogerie suisse et travailler avec les experts de la marque à l’affinement de son design.
Cette expérience montre ce que les jeunes innovateurs peuvent retirer d’un échange avec des professionnels : une meilleure compréhension de la faisabilité, davantage d’assurance pour présenter leurs idées et une vision plus claire de la façon dont les choix créatifs se traduisent en produits finis.
Créer des parcours au-delà d’un concours
Cette démarche encourage également l’esprit entrepreneurial. L’entrepreneuriat ne consiste pas nécessairement à créer une entreprise. Il s’agit de repérer des opportunités, de trouver des solutions et de transformer des possibilités en actions. Pour un jeune créatif, cela peut aboutir à un produit, un partenariat, une initiative sociale ou une future entreprise.
La raison d’être peut contribuer à façonner ce parcours. En plaçant la sensibilisation au cancer du sein au cœur du brief, le concours a invité les participants à réfléchir à la portée humaine de leur travail. Un design peut raconter une histoire et nourrir une conversation plus large, tout en remplissant une fonction pratique.
Les travaux de l’OCDE sur la co-création des connaissances soulignent la valeur d’une collaboration durable entre chercheurs, entreprises et autres parties prenantes. Les travaux de l’OCDE sur la co-création des connaissances
La leçon est claire : faire émerger la prochaine génération d’innovateurs exige davantage que d’encourager la créativité. Les universités et les entreprises doivent tisser des liens durables qui donnent aux jeunes talents les connaissances, l’accompagnement et les opportunités concrètes nécessaires pour transformer leurs idées en impact.