Face au cancer infantile, beaucoup préfèrent détourner le regard. La maladie touche « les autres », jusqu’au jour où elle frappe une famille de près. Partant de ce constat, l’agence canadienne The Garden et l’organisation Cancer Enfant Canada signent une campagne bouleversante qui invite le public à affronter une réalité souvent évitée : celle des conséquences durables du cancer pédiatrique sur toute la cellule familiale.
Imaginer l’inimaginable
Au cœur du dispositif, le documentaire Face à l’inimaginable s’ouvre sur un film poignant qui propose un exercice simple, mais difficile : se mettre à la place des parents. Il ne s’agit pas uniquement d’évoquer le diagnostic, mais de montrer l’impact cumulatif de la maladie – perte d’emploi, pressions financières, déménagements, isolement social et charge émotionnelle supportée par les parents et les frères et sœurs.
Réalisé par Jason van Bruggen, de la société de production Suneeva, le film met en lumière de véritables familles accompagnées par l’organisme, à différentes étapes du traitement et de la convalescence. Tournée avec une équipe volontairement réduite, la production privilégie l’authenticité et la confiance, s’inspirant directement du vécu des familles pour construire un récit à la fois sensible et immersif.
Changer la perception du public
Au Canada, plus de 10 000 familles vivent actuellement avec un enfant atteint de cancer, et en moyenne six nouveaux diagnostics sont posés chaque jour. Pourtant, la maladie est encore trop souvent perçue comme un épisode ponctuel – une hospitalisation, un traitement, puis un retour à la normale.
Pour Kyle Smith, directeur du développement chez Cancer Enfant Canada, cette perception occulte les répercussions à long terme : soutien financier, accompagnement psychosocial, engagement communautaire et financement de la recherche demeurent essentiels bien au-delà de la phase aiguë. La campagne vise ainsi à révéler les impacts invisibles du cancer infantile et à susciter une mobilisation durable.
Une campagne sans images pour mieux projeter
En complément du film, le dispositif s’étend à l’affichage extérieur, au numérique et aux réseaux sociaux. Les visuels fixes misent sur la force des mots plutôt que sur des photographies. Des messages tels que « Imaginez que votre enfant ait besoin d’un deuxième cycle de traitement » sont suivis de « et que vous ayez besoin d’un deuxième prêt hypothécaire », soulignant la réalité financière et émotionnelle des familles.
Ce choix créatif, assumé par l’équipe de The Garden, repose sur une stratégie claire : laisser le public compléter mentalement la scène. En supprimant les images, la campagne rend l’expérience plus intime, plus personnelle, et donc plus marquante.
Un déploiement national symbolique
Lancée en février à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation au cancer infantile (15 février), la campagne bénéficie d’une diffusion pancanadienne à travers la télévision, la radio, l’affichage extérieur, les plateformes numériques et les médias sociaux. L’achat média est orchestré par Glassroom, agence membre du collectif Humanise.
Parallèlement, plusieurs monuments emblématiques sont illuminés en jaune et or, couleurs associées à la lutte contre le cancer infantile. Parmi eux, la Tour CN à Toronto, transformée en symbole lumineux de solidarité.
En rendant l’inimaginable visible et incontournable, The Garden et Cancer Enfant Canada signent une campagne de communication sociale qui dépasse l’émotion pour interpeller durablement l’opinion publique. Car comprendre, c’est déjà commencer à agir.