En Suède, KFC prend le contre-pied de son positionnement historique centré sur le partage pour lancer une campagne volontairement dérangeante autour de son nouveau menu « Bucket For One ». Imaginée par l’agence Uncommon Stockholm, cette prise de parole marque une nouvelle étape dans la stratégie créative de l’enseigne sur le marché suédois.
Depuis son arrivée dans le pays, KFC a largement construit sa communication autour des repas collectifs et des moments de convivialité. Avec « Bucket For One », la marque choisit au contraire d’explorer un comportement souvent assumé en privé mais rarement revendiqué publiquement : le refus de partager son repas.
Pour traduire cette idée, la campagne adopte une direction artistique radicalement éloignée des standards habituels de la restauration rapide. Les visuels, réalisés par le photographe Pål Allan, s’inspirent des codes de la peinture de la Renaissance et de la photographie macro afin de mettre en scène des gestes volontairement excessifs autour du poulet frit : lécher, protéger, serrer ou encore éloigner la nourriture des autres convives.
Le résultat oscille entre esthétique raffinée, humour absurde et malaise assumé. KFC cherche ici à transformer un comportement jugé égoïste en expérience décomplexée et presque revendiquée. Une manière de créer de la conversation autour du produit tout en s’éloignant des codes publicitaires traditionnels du secteur.
Selon Axel Ericsson, brand manager chez KFC Suède, cette campagne vise à donner aux consommateurs « la permission d’être égoïstes » face à un produit pensé pour une consommation individuelle. La marque mise ainsi sur une approche plus émotionnelle et comportementale afin d’accompagner le lancement de ce nouveau format.
Cette orientation créative s’appuie également sur une étude réalisée par Attest auprès des jeunes adultes suédois âgés de 18 à 35 ans. L’enquête révèle que sept personnes sur dix ressentent une forme de frustration lorsqu’elles doivent partager leur repas de fast-food, alors qu’une minorité ose l’exprimer ouvertement. Beaucoup reconnaissent en revanche adopter des stratégies plus discrètes ou humoristiques pour protéger leur nourriture.
Pour Teodor Nisbel Fjäll, créatif chez Uncommon Stockholm, l’objectif était précisément de représenter cette vérité instinctive avec une esthétique à la fois dérangeante et soignée. L’agence revendique une campagne capable de provoquer une réaction immédiate tout en restant ancrée dans un insight consommateur facilement identifiable.
Avec cette opération, Uncommon Stockholm affirme également son ambition créative sur le marché local. Son directeur de la création, Björn Ståhl, estime que les marques populaires comme KFC doivent parfois accepter de bousculer les conventions afin de rester culturellement visibles dans un environnement saturé de contenus.
Déployée depuis le 1er juin, la campagne est diffusée sur les réseaux sociaux, en vidéo digitale et à travers plusieurs dispositifs d’affichage extérieur à Stockholm.