Le vaste programme de modernisation du réseau ferroviaire marocain continue de susciter l’intérêt de nombreux acteurs internationaux. Alors que le Royaume accélère le développement de ses infrastructures de transport à l’horizon 2030, les industriels turcs cherchent à se positionner sur certains segments stratégiques du marché, notamment celui des composants ferroviaires et des rails destinés aux futures lignes.
L’Office national des chemins de fer (ONCF) a récemment lancé un appel d’offres portant sur la fourniture de rails de type 60 E1, un composant essentiel pour les lignes à forte capacité et à grande vitesse. L’ouverture des offres est prévue début juillet, dans le cadre d’un vaste plan d’investissement estimé à 96 milliards de dirhams.
Un programme ferroviaire de grande envergure
Le Maroc poursuit sa transformation ferroviaire avec un plan ambitieux visant à renforcer la mobilité nationale et à accompagner la croissance économique du pays. Sur les 96 milliards de dirhams programmés d’ici 2030, plus de la moitié est consacrée à l’extension de la ligne à grande vitesse entre Kénitra et Marrakech ainsi qu’au développement du transport régional.
Le programme prévoit également l’acquisition de nouveaux trains et la modernisation d’infrastructures existantes. Une quarantaine de gares devraient être construites ou réhabilitées, tandis que plusieurs projets de raccordement viendront renforcer les connexions entre les principales zones urbaines, industrielles et logistiques du Royaume.
À plus long terme, le schéma ferroviaire marocain ambitionne de relier 43 villes du pays contre 23 actuellement, tout en augmentant considérablement la couverture de la population par le réseau ferroviaire.
Les rails 60 E1, un marché stratégique
Les rails 60 E1 figurent parmi les équipements les plus importants pour les infrastructures ferroviaires modernes. Conçus pour supporter des vitesses élevées et un trafic intense, ils répondent à des exigences strictes en matière de résistance mécanique, de sécurité et de durabilité.
Ce marché intéresse particulièrement les producteurs d’acier, les entreprises spécialisées dans le laminage industriel, les laboratoires de contrôle qualité ainsi que les opérateurs logistiques capables de gérer des livraisons de grande ampleur.
Pour les industriels turcs, ce segment représente une opportunité d’intégrer progressivement la chaîne d’approvisionnement ferroviaire marocaine sans entrer directement en concurrence sur les grands contrats de matériel roulant déjà attribués.
Une compétition mondiale autour du marché marocain
Le développement ferroviaire du Maroc attire des entreprises venues de plusieurs continents. Les grands contrats liés à l’acquisition de trains ont donné lieu à une forte concurrence entre groupes européens et asiatiques.
Le constructeur français Alstom a remporté le marché des trains à grande vitesse avec la fourniture de 18 rames de nouvelle génération destinées à l’extension de la LGV vers Marrakech. Ces trains devraient contribuer à réduire significativement les temps de trajet entre le nord et le sud du pays.
De son côté, Hyundai Rotem a décroché le plus important volume de commandes avec 110 trains à deux niveaux. Ce contrat marque l’entrée du groupe sud-coréen sur le marché marocain et constitue l’un de ses plus importants projets à l’international.
L’entreprise espagnole CAF s’est quant à elle vue attribuer le marché des trains intercités avec la fourniture de 40 nouvelles rames.
D’autres groupes internationaux, notamment le chinois CRRC, avaient également manifesté leur intérêt pour plusieurs lots avant les arbitrages définitifs.
Le Maroc, futur hub ferroviaire régional
Au-delà de l’achat de trains et d’équipements, le programme marocain représente un véritable levier industriel. Les enjeux concernent aussi le transfert de compétences, la maintenance, la formation de personnel qualifié et le développement de capacités locales de production.
L’extension du réseau ferroviaire doit également améliorer la connexion entre les grandes métropoles, les ports et les aéroports du Royaume. À terme, plusieurs plateformes logistiques stratégiques devraient être reliées au rail, renforçant ainsi la compétitivité économique du pays.
Dans ce contexte, les industriels turcs espèrent faire de la fourniture de rails et de composants une porte d’entrée vers un marché en pleine expansion. Pour le Maroc, la diversification des fournisseurs internationaux constitue un atout susceptible de favoriser la concurrence, de sécuriser les approvisionnements et d’optimiser les coûts de réalisation des futurs projets.