À l’approche de la Journée mondiale de la trisomie 21, l’organisation CoorDown lance une nouvelle campagne de sensibilisation destinée à interpeller l’opinion publique sur l’usage de certains mots devenus banals dans le langage courant. Conçue par l’agence new-yorkaise SMALL New York, l’initiative intitulée « Just Evolve » invite la société à abandonner des expressions jugées blessantes ou dévalorisantes pour les personnes en situation de handicap.
Au cœur de cette campagne figure une idée simple : si les sociétés ont su abandonner certaines pratiques du passé aujourd’hui jugées absurdes ou choquantes, pourquoi est-il si difficile de renoncer à des mots qui blessent et entretiennent les stéréotypes ? Le film publicitaire met en scène un dialogue entre un jeune homme atteint de trisomie 21 et un interlocuteur qui défend sa « liberté d’expression » pour continuer à utiliser le terme « retardé ».
Au fil de leur échange, le spectateur est transporté dans différentes époques de l’histoire, où apparaissent des pratiques anciennes aujourd’hui impensables : laver le linge avec de l’urine, utiliser des poils de souris pour maquiller les sourcils ou encore vendre sa femme sur un marché. À travers ces scènes volontairement décalées, la campagne établit un parallèle clair : certaines habitudes ont été abandonnées parce qu’elles étaient nuisibles ou absurdes, et le langage discriminant devrait suivre la même évolution.
Un vocabulaire d’exclusion présent dans plusieurs cultures
La campagne rappelle également que chaque culture possède ses propres expressions stigmatisantes. Dans les pays anglophones, le mot « retarded » – souvent désigné comme le « R-word » – est devenu un symbole de discrimination. En italien, des termes comme « ritardato » ou « mongoloide » portent une charge similaire. Des équivalents existent aussi en français ou en espagnol, où certaines expressions sont utilisées de manière péjorative pour qualifier l’échec ou l’incompétence.
Pour Martina Fuga, présidente de CoorDown, ces mots contribuent à créer un contexte culturel problématique : ils associent le handicap à l’incapacité et renforcent les mécanismes d’exclusion sociale. Selon elle, la majorité des personnes qui utilisent ces termes ne cherchent pas forcément à offenser, mais leur banalisation participe malgré tout à la marginalisation des personnes concernées.
Une mobilisation internationale
La campagne « Just Evolve » sera diffusée jusqu’au 21 mars sur les réseaux sociaux de CoorDown, où des personnes handicapées et leurs familles partageront leurs expériences et leurs témoignages. L’organisation encourage également les entreprises, les écoles, les médias et les associations à participer à ce mouvement en adoptant un langage plus respectueux.
Dans cette démarche, CoorDown soutient notamment une initiative visant à modifier certains termes jugés obsolètes dans la législation italienne, en collaboration avec l’Osservatorio Malattie Rare.
Un film porté par un casting international
Le film de la campagne met en vedette Noah M. Matofsky, un jeune acteur britannique de 19 ans atteint de trisomie 21, qui guide le personnage principal dans ce voyage à travers les siècles. La réalisation est signée Martin Holzman, avec une photographie d’Alvar Riu Dolz et une production assurée par Indiana Production.
Le projet s’inscrit dans une mobilisation plus large impliquant plusieurs organisations internationales, dont la National Down Syndrome Society, la Down’s Syndrome Association UK et la Global Down Syndrome Foundation. L’objectif : amplifier la portée du message et encourager une évolution culturelle durable.
En combinant humour, reconstitutions historiques et réflexion sur le pouvoir des mots, « Just Evolve » rappelle que le langage façonne la manière dont les sociétés perçoivent la différence. Et que, comme certaines pratiques du passé, les mots qui excluent peuvent eux aussi être laissés derrière.